Maisons clous

Nail houses

 Marie Havel Artiste site art

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Dessins au papier de verre sur tirages numériques noir et blanc, 50 x 70 cm chaque, 2016-2018.
Sand drawings on black and white digital printed photographs, 50 x 70 cm each, 2016-2018.

Il s’agit de bâtiments qui seraient en cours de disparition car ils se situent sur des chantiers, seront bientôt encerclés, noyés par de nouvelles constructions, mais les habitants refusent de les quitter, leur offrant alors un sursis morbide avant leur destruction. Ces lieux alors, même habités, se trouvent déjà dépossédés de leur environnement, tout ce qui les entourait a désormais disparu, ils sont les derniers vestiges de ce qui bientôt aura existé. Alors même si ces lieux sont encore occupés, ils acquièrent déjà le statut de ruine que j’ai souhaité révéler par le geste que j’ai appliqué à ces photographies. Une fois imprimées, ces images sont poncées avec du papier de verre uniquement à l’endroit où se situe le bâtiment en voie de disparition.

Par le ponçage utilisé comme un outil de dessin pour jouer davantage sur la temporalité ambiguë de l'objet, apparaissent déjà les gravas que la destruction de ces bâtiments pourra engendrer et la couleur verte de l’encre qui leur confère un aspect spectral, fantomatique, est révélée par le fixatif utilisé, lui aussi dans une logique d'un traitement de la photographie comme d'un dessin.

En ponçant l’image du bâtiment je pourrais accéder à ses fondations, à sa structure mais il s’effrite et sa destruction est figée, latente. Il ne s'agit finalement plus que d'un objet, lui aussi instable, éphémère, pouvant également être transpercé.

Le geste creuse, efface avec acharnement et révèle le spectre verdâtre des bâtisses qui un jour futur disparaîtront sous les coups des pelleteuses, des masses ou des explosifs. Le chantier est fixé alors qu’il n’a pas encore commencé. Le papier de verre a figé les gravas comme tant de poussières et résidus évanescents, hésitants à se hisser vers l’ailleurs, retenus par la silhouette qu’ils auraient pu continuer à former pendant encore de nombreuses années, retenus par le verre qui les étouffe maintenant, abandonnés dans cet état d’entre-deux inavoué jusqu’ici. Le geste s’abat sur l’image qui se désintègre mais stagne. Les gravas qui ne sont pas nés laissent place à la poussière des passés, construisant de nouvelles  images, de nouvelles bâtisses, des vestiges qui ne sont pas encore.

 

This is about buildings which are going to be destroyed because they are on building sites, but few inhabitants do not want to leave their places, giving them a morbid reprieve before their demolition. Those places are already deprieved of their environment. As a consequence they are already like ruins and I revealed it by the gesture I used on those photographs. When printed, those images are sanded only were the resistant building is.

By sanded it like a drawing gesture to play more with a paradoxal idea of the time of the object, we can see appearing the green from the ink and the dust of the paper, this is giving a spectral, ghostly aspect to the buildings, revealed by an other drawing gesture : the fixativ moment. By sanding I could have imagine reaching the building’s foundations, its structure, but I am just destroying it, erasing it, digging it, it is fixed in is invisible destruction.

The movement digs, erases with doggedness and reveals the greenish spectre of the buildings which soon will disappear under the knocks of excavators, masses or explosives. The construction site is fixed while it has not begun yet. The sandpaper congealed the rests as so much dusts and evanescent residues, hesitating to raise themselves towards somewhere else, retained by the silhouette which they would have been able to continue to form during lots of years, retained by the glass which suffocates them now, abandoned between to states unconfessed up to here. The movement beats down on the image, it splits but stagnates. The rests who were not born yet give way to the dust of the pasts, creating new images, new buildings and vestiges which are not still.

 

© Marie Havel 2014-2019